Le paysage de la Monna Lisa n'est ni un fond générique ni une construction imaginaire dépourvue de références concrètes. Il s'agit d'une construction intentionnelle qui renvoie à un territoire réel, observé par Léonard et recomposé picturalement selon un critère précis d'organisation de l'espace.
Comme dans La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne, dans la Monna Lisa également, la construction du paysage peut être comprise à travers deux phases complémentaires. La première concerne l'observation directe du territoire, avec le relevé des directions, des angles, des distances et des différences d'altitude entre les différents points de référence, ainsi que la réalisation d'esquisses et de dessins préparatoires utiles pour définir les formes principales du paysage. La seconde consiste dans la réorganisation de ces relations à l'intérieur de l'œuvre, selon un critère géométrique cohérent avec le niveau de construction adopté.
Il en résulte un espace tridimensionnel, dans lequel le territoire apparaît comme vu depuis une position élevée. La profondeur ne naît pas d'un simple effet perspectif, mais de la synthèse entre des relations réelles et leur traduction picturale en termes de masses, de distances et de rapports entre les plans.
Comme dans la Sainte Anne, la Monna Lisa présente elle aussi une construction géométrique sophistiquée et déjà pleinement consciente dans ses principes : ici aussi le paysage n'est pas un simple fond, mais le résultat d'une organisation intentionnelle articulée en niveaux distincts de construction du paysage, dont la cohérence sera progressivement vérifiée.
Dans la présente étude, cinq niveaux de construction du paysage sont retenus, différenciés par leur organisation spatiale et par la méthode géométrique adoptée. Ces niveaux ne doivent pas être compris comme des compartiments rigoureusement séparés, ni comme une subdivision déclarée par l'artiste, mais comme un outil interprétatif utile pour décrire la structure du paysage et pour mettre en relation, pour chaque niveau, les formes peintes avec les correspondances territoriales.
Le documentaire suivant introduit l’analyse du paysage réel de la Monna Lisa, en référence aux niveaux de construction du paysage, à l’identification du point d’observation réel et aux vérifications territoriales et géométriques développées dans la présente étude.
La vidéo constitue une introduction synthétique aux principaux éléments analysés dans les sections suivantes. Pour une vérification détaillée des différents éléments, il convient de se reporter à l’analyse complète du paysage.
L'élément clé qui permet d'identifier le paysage est la présence d'un pont à plusieurs arches, représenté dans le tableau avec des caractéristiques morphologiques cohérentes avec celles du Ponte Gobbo (également appelé Pont du Diable) de Bobbio. À partir de cet élément, le paysage environnant — collines, lit fluvial et développement de la vallée — trouve une correspondance territoriale unitaire et vérifiable.
Dans les sections qui suivent, cette identification sera examinée à travers une comparaison systématique entre le tableau et le territoire réel, en procédant par niveaux de construction et au moyen de vérifications de caractère morphologique et spatial. Il sera également possible d'identifier la position précise depuis laquelle Léonard observa le paysage et à partir de laquelle il en construisit la représentation.
La vérification de cette correspondance ne se fonde pas sur une simple ressemblance visuelle, mais prend en compte des relations géométriques entre les éléments du paysage. Dans la Monna Lisa sont reconnaissables des alignements, des proportions et des rapports spatiaux qui contribuent à rendre cohérente l'organisation d'ensemble du territoire représenté.
La zone de Bobbio et de la vallée du Trebbia a été indiquée comme possible référence territoriale pour le paysage de la Monna Lisa par Carla Glori, dans des études rendues publiques à partir de 2011.
Le premier niveau de construction de la Monna Lisa correspond à la figure à mi-corps placée au premier plan. C’est le plan qui capte immédiatement le regard et constitue la référence visuelle principale de l’ensemble de la composition.
Ce niveau n’appartient pas au paysage, mais correspond à l’espace figuratif du portrait. Il constitue le seuil visuel à partir duquel se développent les niveaux suivants de la construction du paysage.
La figure est représentée assise, les bras appuyés sur un accoudoir, définissant un espace proche nettement distinct de l’arrière-plan. Derrière elle est visible un parapet, qui sépare le plan figuratif du paysage en arrière. Sur les côtés apparaissent deux colonnes, reconnues par la critique comme des éléments architecturaux, qui sont implantées sur le même parapet, indépendamment de leur extension d’origine.
Le parapet assume un rôle structurel fondamental : il constitue une ligne de séparation nette entre l’espace du portrait et le territoire en arrière, définissant la limite supérieure du premier niveau de construction. À partir de ce seuil visuel se développent les niveaux suivants, qui n’appartiennent plus à l’espace de la figure, mais à une recomposition territoriale autonome.
Dans l’image, le premier niveau de construction du tableau est isolé,
correspondant à la figure assise et à l’espace de premier plan défini par la chaise
et les éléments verticaux latéraux.
Les portions du paysage sont rendues en blanc
dans le seul but de les exclure temporairement de l’analyse
et de préciser qu’elles n’appartiennent pas à ce niveau.
(Œuvre originale conservée au Musée du Louvre, Paris)
Dans le deuxième niveau de construction, l’analyse se concentre sur la colline située immédiatement derrière la figure. Elle constitue la première unité morphologique autonome du paysage : une masse naturelle compacte qui s’interpose entre le premier plan et le fond de vallée.
Dans le tableau, la figure divise visuellement la colline en deux parties ; l’analyse considère toutefois le relief dans sa continuité structurelle, indépendamment du groupe figuratif. Le paysage est examiné en fonction de la cohérence des masses et des relations entre les reliefs, non comme un simple fond, mais comme une configuration territoriale réelle sélectionnée et recomposée.
Il ne s’agit pas en effet d’une vue générique ni d’un espace observable depuis le même point où se trouve la figure. Le territoire représenté est réel et identifiable, mais il est organisé selon une construction autonome, qui sera vérifiée à travers des comparaisons de caractère morphologique et géométrique.
Il existe une colline physiquement identifiable, située à proximité de l’agglomération de Bobbio, au sein de laquelle il est possible de localiser un point réel d’observation. Le versant présente une pente descendante vers le fond de vallée, permettant une vue étendue sur l’agglomération et sur le cours du fleuve. La construction par niveaux naît donc d’une position concrète sur le territoire, à partir de laquelle les relations entre reliefs, fond de vallée et émergences verticales sont cohérentes avec le tableau.
Dans le deuxième niveau, la colline apparaît comme si elle était observée depuis une altitude légèrement plus élevée et décalée vers la gauche par rapport au point initial, avec un point de vue permettant de rendre visible l’ensemble de l’étendue du relief.
La colline présente une configuration articulée et ne peut être réduite à une forme simple. Sur le côté gauche, on distingue deux reliefs rocheux rapprochés, aux sommets pointus et aux profils triangulaires, entre lesquels un tracé curviligne est visible, clairement lisible dans le tableau. Sur le côté droit, le versant descend de manière continue vers le fond de vallée, avec une texture de surface et des variations tonales compatibles avec une morphologie rocheuse.
L’isolement graphique de la colline permet en outre d’observer que le profil gauche suit un contour net, attribuable aux deux reliefs principaux. Certaines portions apparaissent toutefois situées en dehors de cette continuité volumétrique, tout en étant visuellement intégrées dans la forme globale. La nature de ces éléments sera analysée au niveau suivant.
Dans l’image, le deuxième niveau de construction du tableau est mis en évidence.
La colline est isolée comme unité morphologique,
tandis que le premier niveau est réduit à une silhouette
afin de conserver une référence spatiale générale.
Les portions atténuées en blanc
correspondent aux niveaux encore à analyser,
qui seront examinés dans les sections suivantes.
L’intervention graphique n’introduit aucun élément étranger,
mais rend plus lisible la structure du relief
dans la construction d’ensemble.
(Œuvre originale conservée au Musée du Louvre, Paris)
La visualisation tridimensionnelle du territoire
permet d’identifier clairement
un premier relief rocheux (n° 1),
caractérisé par un sommet pointu
et un profil triangulaire.
La présence d’un second relief rapproché (n° 2),
confirmée par une vérification directe sur le terrain,
complète l’articulation morphologique de la zone.
L’organisation d’ensemble,
par disposition des masses
et par rapport avec le fond de vallée,
est compatible
avec la configuration identifiée
dans le deuxième niveau du tableau.
(Image extraite de Google Earth, retravaillée pour isoler la masse collinéaire.
Utilisée exclusivement à des fins d’analyse et de comparaison morphologique)
La comparaison morphologique permet de reconnaître une correspondance avec une portion spécifique du territoire, située dans la zone comprise entre Bargo et Rocchetta Caldarola. La présence des deux reliefs rapprochés, du tracé curviligne qui les traverse et du rapport avec le fond de vallée constitue un indice structurel cohérent avec ce qui est construit dans le deuxième niveau du paysage.
Dans le tableau, la colline ne reproduit pas la fragmentation ponctuelle du relief réel, mais est restituée comme une masse compacte et organisée. Son extension globale, d’environ 300 mètres de longueur, est recomposée picturalement comme une continuité morphologique unitaire.
La colline constitue donc le premier élément structurel à partir duquel commence la transformation des niveaux suivants. C’est à partir de cette unité morphologique, et du point d’observation identifié en son sein, que se développeront les réorganisations angulaires qui caractériseront les troisième, quatrième et cinquième niveaux.
Une analyse menée sur base numérique, à partir de la visualisation satellitaire de la colline, permet d’identifier clairement un premier relief rocheux, avec un sommet pointu et un profil triangulaire, sur le côté gauche du système collinéaire. La restitution bidimensionnelle, toutefois, ne permet pas de percevoir pleinement l’articulation tridimensionnelle du site et peut atténuer la présence de reliefs secondaires rapprochés.
La vérification réalisée directement sur le terrain a permis de confirmer la présence d’un second relief, également caractérisé par un sommet incliné et un profil convergent, non immédiatement identifiable dans les seules images satellitaires, mais morphologiquement cohérent avec la continuité volumétrique du système collinéaire.
Cette vérification renforce la correspondance entre le paysage peint et la configuration réelle du territoire, montrant que la construction du deuxième niveau ne repose pas sur une simplification graphique, mais sur une sélection attentive d’une morphologie effectivement articulée.
Dans le détail du tableau sont distinguables deux reliefs collinaires à profil triangulaire, indiqués par les numéros 1 et 2. La numérotation n’a pas de fonction interprétative, mais sert exclusivement à permettre une comparaison précise et non ambiguë avec les reliefs réels correspondants. Dans la partie inférieure droite de l’image est visible un tracé clair, indiquant la direction d’accès à la zone collinéaire.
Photographie du territoire réel prise dans la zone de Rocchetta Caldarola. On distingue deux petites élévations rocheuses, caractérisées par un profil triangulaire, indiquées avec la même numérotation 1 et 2, cohérente avec celle utilisée dans le tableau. Le tracé mis en évidence en jaune indique une possible directrice morphologique d’accès à la zone collinéaire. Compte tenu de la configuration naturelle du terrain, il est plausible qu’à l’époque de la Renaissance l’accès au sommet suivait une trajectoire de ce type, longeant la première élévation, plutôt que de coïncider avec l’actuelle route asphaltée.
La colline décrite au deuxième niveau assume ici un rôle structurel décisif : elle constitue un seuil morphologique net entre le relief collinéen de premier plan et le fond de vallée sous-jacent. Dans le territoire réel, au-delà de ce seuil, se développe l’agglomération de Bobbio, avec le Ponte Gobbo situé sur la droite et l’anse du fleuve qui s’étend vers la gauche. Dans le tableau, la colline masque une grande partie de l’agglomération, laissant émerger seulement certaines verticalités au-delà du profil du fond de vallée.
Dans l’image est isolé le troisième niveau de construction. Les niveaux précédents sont rendus en noir, tandis que les portions supérieures sont atténuées en blanc puisqu’elles appartiennent aux niveaux suivants. Les ovales bleus délimitent les zones du fond de vallée et du système fluvial objet de l’analyse.
Dans le tableau, dans la portion gauche du fond de vallée, on distingue certaines verticalités isolées, qui interrompent la continuité du paysage et ne sont pas reconductibles à la seule morphologie naturelle. Elles occupent des positions précises le long de l’anse du fleuve, en relation directe avec le pont et avec le développement du fond de vallée.
Dans l’image suivante, la colline analysée au deuxième niveau est rendue en noir. Ce qui reste visible au-dessus de son profil n’appartient pas à la masse collinéenne, mais correspond aux émergences verticales de l’agglomération de Bobbio, reconnaissables dans le territoire réel comme des campaniles et des structures ecclésiastiques.
Légende des émergences verticales (de droite vers la gauche) :
Les deux images mettent en relation les émergences verticales du tableau avec la configuration réelle de l’agglomération de Bobbio. Dans la première image est isolée la portion du paysage de la Monna Lisa où apparaissent les verticalités qui dépassent le profil de la colline. La seconde image montre au contraire une photographie du territoire réel prise depuis un point d’observation qui permet de vérifier l’alignement directionnel des mêmes émergences dans le paysage réel. Les marquages chromatiques permettent de confronter la position relative des principales structures — campaniles et édifices ecclésiastiques — en vérifiant la correspondance entre leur disposition dans le territoire et leur restitution dans le tableau.
Pour identifier le point d’observation correct — correspondant au point à partir duquel a été prise la photographie présentée précédemment et depuis lequel le paysage apparaît cohérent avec celui représenté dans le tableau — il est nécessaire de partir d’un donné visuel précis : dans le tableau, le campanile qui se trouve aligné avec la figure du côté gauche est donc celui de San Francesco. En procédant vers la gauche dans le tableau, on distingue également d’autres émergences verticales, reconnaissables comme San Colombano (en cours de construction à l’époque), le campanile de San Lorenzo et l’église primitive du XVe siècle intégrée dans le Sanctuaire de la Madonna dell’Aiuto.
En observant le territoire réel, en partant de la gauche et en se déplaçant vers le centre, les campaniles ne se présentent pas selon le même alignement visible dans le tableau. Il en résulte que le point d’observation initial, situé trop à gauche, ne peut pas être le bon. Il est donc nécessaire de se déplacer progressivement vers la droite.
La vérification se poursuit jusqu’à atteindre un point précis où les campaniles se trouvent alignés exactement comme dans les émergences verticales du tableau.
Cette configuration trouve également confirmation en relation avec les reliefs montagneux. Dans le tableau, à gauche de la figure, n’apparaissent ni la Pietra Parcellara ni le Monte Barberino, qui dans la réalité sont au contraire clairement visibles depuis la colline.
Au point identifié sur la base de l’alignement des campaniles, le côté gauche de la Pietra Parcellara et celui du Monte Barberino se trouvent alignés avec le campanile de San Francesco, de sorte que les deux reliefs se trouvent occultés à gauche de la figure, comme cela se produit dans le tableau. Ce point est donc assumé comme référence et défini comme point F : il constitue le point d’observation réel, non un point symbolique, mais l’origine concrète de la construction du paysage et le fulcrum de l’ensemble du dispositif.
Dans l’image est indiquée la position du point F, assumé comme origine de la construction perspectivique du paysage. La ligne verte identifie la directrice qui, à partir de F, intercepte dans le tableau le campanile de San Francesco, aligné avec la figure sur le côté gauche. Cet alignement constitue la référence visuelle qui permet de déterminer le point d’observation à partir duquel la configuration territoriale apparaît cohérente avec celle représentée dans le tableau.
Dans certaines lectures traditionnelles du paysage de la Monna Lisa, les portions situées à gauche et à droite de la figure sont interprétées comme des domaines distincts, non immédiatement reconductibles à un même agencement territorial. Dans le tableau, en effet, les deux parties du paysage apparaissent comme des champs visuels différents, non immédiatement raccordables.
L’hypothèse proposée ici est que cette discontinuité ne constitue pas une anomalie non résolue, mais le résultat d’une construction intentionnelle. Leonardo organise le territoire selon des niveaux différents, chacun fondé sur un régime constructif propre.
Dans le troisième niveau, les émergences verticales précédemment identifiées se placent le long de l’anse du fleuve, au-delà du profil de la colline. Le reste du centre habité de Bobbio demeure masqué par le relief, qui ne rend visibles que les portions cohérentes avec ce niveau.
À côté de ces émergences, le fond de vallée devient lisible, avec le cours du fleuve, le franchissement fluvial et le développement de l’alvéole vers la gauche.
L’ensemble de la masse d’eau représentée est reconductible à un seul système fluvial, identifiable avec le Trebbia. Dans le secteur à droite du paysage, à proximité de la zone du pont, le cours d’eau apparaît plus étroit ; en procédant vers la gauche, l’alvéole s’élargit et la masse fluviale se déploie dans le fond de vallée.
Le pont à plusieurs arcades, le Ponte Gobbo, constitue un élément clé de cette construction.
Détail du tableau dans lequel le pont à plusieurs arcades est inséré dans le fond de vallée, en relation directe avec les formations rocheuses supérieures.
Photographie du Ponte Gobbo
à Bobbio,
sur le fleuve Trebbia.
Le versant rocheux au-dessus du pont
montre une structure morphologique comparable
à celle représentée dans le tableau.
(Photo de l’auteur)
Dans la portion gauche du fond de vallée, la masse d’eau apparaît plus étendue que dans le tronçon immédiatement adjacent au pont. Une telle configuration est cohérente avec une vision oblique depuis le haut, dans laquelle l’ampleur de l’alvéole devient plus lisible que dans une vue proche du sol. La représentation ne correspond pas à une section transversale rapprochée du fleuve, mais à une recomposition perspectivique qui rend visible tout le développement de l’anse.
Il faut en outre considérer que le débit du Trebbia varie sensiblement selon les saisons et les périodes de plus forte pluviométrie. En conditions de crue ou d’élévation du niveau de l’eau, l’alvéole s’élargit et la masse fluviale occupe une portion plus vaste du fond de vallée. La représentation d’un cours d’eau ample et continu se révèle donc cohérente à la fois avec une hauteur d’observation élevée et avec la variabilité naturelle du débit, à une époque où l’alvéole n’était pas régularisée par des infrastructures modernes.
Dans la portion gauche du tableau, où la masse d’eau apparaît plus ample, l’ampleur de l’anse fluviale, encore reconnaissable aujourd’hui dans l’extension de l’alvéole graveleuse, indique une capacité de débit supérieure au flux ordinaire actuellement visible. La morphologie du fond de vallée, caractérisée par un large lit alluvial, est compatible avec des régimes de crue historiquement plus étendus et avec une dynamique fluviale moins régularisée que l’organisation contemporaine. En ce sens, le rendu pictural d’une masse d’eau ample et continue n’apparaît pas forcé, mais cohérent avec la configuration géomorphologique du site.
Sur le côté gauche du fleuve, l’absence de berges artificielles ou de tracés viaires confère à la rive un caractère naturel, avec un développement irrégulier et une continuité morphologique entre le versant et l’alvéole. Dans le tableau, cette marge ne présente pas d’éléments d’urbanisation, mais apparaît intégrée au système rocheux du fond de vallée, en cohérence avec une configuration historique antérieure aux interventions infrastructurelles ultérieures.
Après avoir précédemment identifié le point F, on procède maintenant à la mesure systématique des angles réels dans le territoire, afin d’en vérifier la correspondance avec la représentation du tableau.
Ces correspondances ne sont pas ici assumées comme de simples suggestions visuelles, mais vérifiées au moyen d’une mesure angulaire systématique. Les directions réelles des différentes émergences, mesurées depuis le point F dans le territoire, seront confrontées à leur rendu apparent dans le tableau.
La comparaison entre le tableau et la carte réelle met en évidence un passage décisif dans la construction du paysage. Les directrices angulaires, dérivées de lieux réels observables — le franchissement fluvial à droite et les émergences verticales à gauche — mesurées selon des relations directionnelles cohérentes, sont réorganisées dans le tableau selon une perspective linéaire. Le point F assume à ce stade la fonction de fulcrum perspectivique, transformant les angles réels (angles de la chose) en angles apparents (angles de l’œil).
Cette transformation n’altère pas les directions réelles, mais en modifie le rendu angulaire dans le tableau, en les plaçant à l’échelle perspectivique. Le paysage n’est pas assemblé par analogie, mais construit selon un dispositif spatial unitaire, fondé sur une transformation géométrique cohérente. Les relations du territoire sont conservées dans leurs directions réelles ; dans le passage des angles réels (angles de la chose) aux angles apparents (angles de l’œil), le régime et la modalité de la représentation changent.
Il est en outre plausible que, à côté de la transformation des directions réelles selon une projection centrée sur F, Leonardo ait adopté d’autres ajustements géométriques et proportionnels afin de rendre cohérentes entre elles des portions de territoire référables à des altitudes différentes. On décrit ici le mécanisme principal lisible dans la structure du tableau ; cela n’exclut pas l’emploi d’autres critères constructifs, qui ne peuvent être immédiatement reconstruits de manière univoque, à l’intérieur de la même structure picturale.
Comparaison entre angles réels et angles apparents
dans le tableau de la Monna Lisa.
Les lignes en pointillés indiquent les directrices réelles
mesurées dans le territoire à partir du point F ;
les lignes continues montrent leur
réorganisation perspectivique dans le tableau.
Le point F opère comme fulcrum perspectivique :
à partir de celui-ci les directrices s’ouvrent
simultanément vers la gauche et vers la droite,
transformant les angles réels de la chose
en angles de l’œil.
(Œuvre originale conservée au Musée du Louvre, Paris)
Directrices angulaires réelles tracées
depuis le point territorial assumé comme F.
Les lignes indiquent les angles réels
vers le franchissement fluvial
(zone du Ponte Gobbo)
et vers les principales émergences verticales
de l’agglomération de Bobbio
le long du fond de vallée du Trebbia.
Dans le tableau, ces directrices sont transformées
en angles apparents,
selon une construction perspectivique linéaire
centrée sur le point F.
(Image dérivée de Google Earth,
utilisée exclusivement à des fins d’étude et d’analyse visuelle)
Codification des directrices angulaires :
La convergence ordonnée des directrices, malgré la transformation perspectivique, confirme la cohérence géométrique de l’ensemble du système et constitue une vérification structurelle du troisième niveau de construction.
L’extension des directrices réelles montre en outre que certaines portions territoriales, bien qu’appartenant au même système géographique, ne sont pas visibles dans le troisième niveau du tableau. En particulier, le Monte Barberino et la Pietra Parcellara se situent à droite du secteur angulaire représenté dans cette phase de la construction, et sont donc exclus du champ visuel du troisième niveau.
Leur absence ne dépend pas d’une omission, mais de la configuration adoptée dans le tableau, dans laquelle le premier plan occupé par la figure définit une limite visuelle qui exclut ces reliefs du niveau actuellement analysé.
Dans l’image sont tracées deux directrices relatives au Monte Barberino : à gauche, la ligne qui coïncide avec son côté gauche, alignée avec la directrice du campanile de San Francesco ; à droite, la ligne qui identifie le côté droit de ce même mont.
Le secteur angulaire compris entre ces deux lignes reste derrière la figure dans le tableau. Pour cette raison, le Monte Barberino n’est pas visible dans le troisième niveau de construction.
Les émergences verticales qui dépassent le profil de la colline, déjà identifiées comme des structures architecturales réelles, ne peuvent être interprétées comme de simples irrégularités rocheuses du versant. Leur disposition directionnelle, cohérente avec les mesures angulaires effectuées à partir du point F, montre qu’elles participent activement à la construction perspectivique du niveau, en assumant un rôle structurel au sein du paysage.
Du point de vue formel également, les silhouettes verticales présentent des proportions, des continuités et des séparations par rapport au versant compatibles avec des structures construites, plutôt qu’avec des fractures naturelles du relief. Leur position le long de l’anse du fleuve et en relation directe avec le franchissement fluvial renforce encore cette cohérence.
Les émergences verticales montrent dans leur ensemble une configuration non compatible avec de simples formations rocheuses. Leur articulation volumétrique, avec une base plus compacte et un développement vertical plus léger dans la partie supérieure, présente des caractéristiques analogues à celles des campaniles réellement existants dans l’agglomération de Bobbio. La correspondance concerne non seulement la position directionnelle, déjà vérifiée par les mesures angulaires, mais aussi la configuration formelle des structures, reconnaissable dans les campaniles de San Francesco, San Colombano et San Lorenzo. Différent est le cas de l’église primitive intégrée dans le Sanctuaire de la Madonna dell’Aiuto, pour laquelle nous ne disposons pas de témoignages directs de la structure originale.
La cohérence entre directions réelles et directions apparentes exclut une disposition aléatoire des verticalités émergentes. Elles apparaissent intégrées dans la construction perspectivique du paysage, selon un critère intentionnel.
Dans le lexique léonardien, ces insertions relèvent de la catégorie des compositions de paysages, mentionnées dans le Traité de la peinture parmi les possibles mirabilissime invenzioni. Leur présence n’est pas le résultat d’une coïncidence visuelle, mais d’une intégration consciente au sein de la structure territoriale du tableau.
Dans le quatrième niveau de construction deviennent visibles certains éléments du paysage qui, dans les niveaux précédents, n’étaient pas lisibles, car occultés par la tête de la figure au premier plan. Il s’agit des reliefs montagneux situés sur la droite du tableau, en particulier la Pietra Parcellara et le Monte Barberino. Ces reliefs, qui dans le régime précédent restaient cachés, apparaissent maintenant dans une nouvelle configuration spatiale, rendue possible par une transformation géométrique qui caractérise la construction de ce niveau, comme le montre l’image suivante.
La portion du paysage déjà analysée dans les niveaux précédents est mise en évidence en noir.
La partie visible à ce stade correspond au quatrième niveau de construction.
La portion laissée en clair dans la partie supérieure gauche
n’appartient pas à ce niveau :
elle indique la zone qui sera examinée dans le cinquième niveau de construction,
consacré au Monte Pradegna et aux collines qui descendent vers le Trebbia.
Dans le secteur inférieur droit se distingue une masse collinéenne
disposée selon un développement presque horizontal :
il s’agit du Monte Barberino,
qui dans le territoire réel présente au contraire
une inclinaison marquée vers le haut à droite.
Au-dessus du Barberino
on reconnaît la Pietra Parcellara,
caractérisée par des fractures et des failles
dont les sommets s’orientent vers le haut à droite.
L’ensemble est cohérent avec la rotation angulaire
qui caractérise le quatrième niveau.
Dans le quatrième niveau de construction, le point F conserve sa fonction d’origine graphique. La construction introduit d’abord une rotation d’environ 18° dans le sens horaire des masses montagneuses représentées. Cette rotation modifie déjà en elle-même la perception des angles du paysage, car les directions territoriales réelles (angles de la chose) sont réorientées à l’intérieur du système visuel du tableau.
À cette première opération s’ajoute une ouverture supplémentaire de l’éventail angulaire, qui déplace progressivement vers la droite la position des reliefs dans le tableau. Ensuite, les masses montagneuses sont placées plus haut dans la composition, ce qui entraîne une augmentation de leur dimension apparente. Le résultat est une recomposition cohérente du paysage, dans laquelle les reliefs du Monte Barberino et de la Pietra Parcellara deviennent lisibles dans le tableau tout en dérivant de configurations territoriales réelles.
L’image met en comparaison les directrices angulaires
du quatrième niveau tracées à partir du point F.
Les lignes pointillées représentent les angles réels
mesurables dans le territoire
(angles de la chose) ;
les lignes continues montrent au contraire
leur transformation dans le tableau
en angles apparents
(angles de l’œil).
La ligne verte identifie l’axe central,
issu du point F,
qui reste inchangé dans la transformation.
À partir de cet axe
les directrices s’ouvrent progressivement,
déterminant un élargissement de l’éventail perspectif.
Les lignes jaunes et cyan
délimitent respectivement
les côtés du Monte Barberino
et de la Pietra Parcellara.
L’ordre des directrices reste constant,
mais l’amplitude des angles est plus grande
que dans la configuration réelle :
les angles de la chose sont ainsi
transformés en angles de l’œil,
rendant visibles dans le tableau
des reliefs qui, dans le régime précédent,
restaient occultés par la figure.
Pour vérifier la cohérence de cette transformation, il est utile de comparer le tableau avec la configuration réelle du territoire. L’image suivante montre une photographie prise depuis le point réel assumé comme F. Depuis cette position sont visibles la Pietra Parcellara et le Monte Barberino, qui dans le tableau n’apparaissent pas dans cette même position car occultés par la figure au premier plan. Dans le territoire réel, le côté gauche des deux reliefs est parfaitement aligné avec la directrice passant par le clocher de San Francesco, correspondant à la projection de l’axe central tracé depuis le point F.
La configuration réelle a donc été soumise à la même séquence de transformations décrite pour le quatrième niveau : d’abord une rotation d’environ 18° dans le sens horaire, puis une ouverture de l’éventail perspectif, et enfin la construction des masses selon les nouvelles directrices. Avant la rotation ont également été tracées une ligne rouge, correspondant à l’inclinaison naturelle du versant du Monte Barberino, et une série de courts segments, également en rouge, indiquant l’orientation des failles de la Pietra Parcellara.
Après l’application de la transformation, la ligne du Monte Barberino apparaît stabilisée et cohérente avec l’orientation visible dans le tableau, tandis que les fractures de la Pietra Parcellara prennent une orientation dirigée vers le haut à droite, en accord avec la configuration picturale. Le résultat obtenu montre une correspondance significative avec la disposition des reliefs dans le quatrième niveau de la Monna Lisa.
Cette reconstruction ne prétend naturellement pas reproduire le procédé exact adopté par Léonard, mais constitue un instrument de vérification qui permet d’observer comment une transformation angulaire cohérente peut reconduire la configuration territoriale réelle à la disposition visible dans le tableau.
La photographie montre le territoire réel observé depuis le point
F, avec le Monte Barberino
et la Pietra Parcellara visibles dans leur
configuration géographique effective.
La portion photographique a été rendue en noir et blanc
afin de la distinguer du résultat de la transformation géométrique,
montré en couleur dans la partie droite de l’image.
Dans le territoire réel, le côté gauche des deux reliefs
est aligné avec la directrice passant
par le clocher de San Francesco,
correspondant à la projection de l’axe central
issu du point F (ligne verte).
À partir de cette configuration réelle,
la portion montagneuse a été soumise
à la même séquence de transformations :
rotation d’environ 18°,
ouverture de l’éventail perspectif
et construction des masses selon les nouvelles directrices.
Le résultat reproduit la disposition des montagnes
visible dans le quatrième niveau de la Monna Lisa.
Avant la rotation ont également été tracées
une ligne rouge, correspondant à l’inclinaison du versant
du Monte Barberino,
et une série de courts segments, eux aussi mis en évidence en rouge,
qui indiquent l’orientation des failles
de la Pietra Parcellara.
Après la transformation, la ligne du Barberino
apparaît stabilisée,
tandis que les fractures de la Parcellara
prennent une orientation cohérente
avec celle observable dans le tableau.
Pour compléter le quatrième niveau de construction, il manque encore l’élément qui, dans le tableau, apparaît comme une masse d’eau située entre le Monte Barberino et la Pietra Parcellara. Cet espace ne représente pas un simple intervalle entre deux reliefs, mais correspond à la vallée fluviale qui, dans le territoire réel, est occupée par le fleuve Trebbia.
Dans le territoire réel, le cours du Trebbia forme dans ce secteur une large boucle. Aujourd’hui, le débit du fleuve n’apparaît pas particulièrement étendu, mais la largeur de l’alveo et du lit de graviers indique une vallée fluviale beaucoup plus large que le cours d’eau actuel. Cette configuration est cohérente avec la masse d’eau visible dans le tableau, qui sépare les deux montagnes à l’intérieur de la construction du quatrième niveau.
Il est important d’observer que la visibilité de cette boucle dépend du point de vue implicite dans la construction. Dans le territoire réel, en observant la vallée depuis l’altitude du point F, la boucle du Trebbia se trouve en grande partie occultée par le Monte Barberino. Dans le tableau, en revanche, le système perspectif du quatrième niveau suppose un point d’observation comme s’il était placé plus haut que le terrain réel. Depuis cette altitude élevée, la vallée fluviale devient pleinement lisible entre les deux reliefs, rendant visible la boucle du Trebbia qui, dans le territoire réel, reste en partie cachée.
La visualisation territoriale montre la large boucle du fleuve Trebbia située entre le secteur du Monte Barberino et la zone de la Pietra Parcellara. Observée depuis le niveau du terrain, cette portion de la vallée fluviale est en partie cachée par le relief du Barberino. Dans la construction du quatrième niveau de la Monna Lisa, en revanche, le point de vue implicite apparaît plus élevé, permettant ainsi de voir la vallée fluviale et la masse d’eau située entre les deux reliefs. La directrice passant par le point F montre ainsi comment la configuration territoriale réelle est cohérente avec la structure du paysage représentée dans le tableau.
L’ensemble des correspondances analysées — rotation du système angulaire, transformation des angles réels en angles apparents (angles de la chose / angles de l’œil), recomposition des reliefs et correspondance avec la vallée du Trebbia — montre comment la disposition des montagnes et de la masse d’eau dans le quatrième niveau n’est pas arbitraire, mais cohérente avec une construction géométrique capable de reconduire le paysage peint à la structure du territoire observé.
Le cinquième niveau de construction concerne la portion du paysage située en haut à notre gauche dans le tableau, au-dessus de l’épaule droite de la figure. Ce secteur constitue la dernière portion du territoire prise en considération dans l’analyse et conclut la construction d’ensemble du paysage.
Dans le cinquième niveau de construction,
mis en évidence dans l’ovale,
l’analyse se concentre sur la portion du paysage
visible à gauche.
Après les niveaux précédents,
dans lesquels la figure de la Monna Lisa
avait été rendue en noir afin d’isoler
les différents niveaux du paysage,
la figure redevient maintenant pleinement visible
à l’intérieur de la composition.
La masse du Monte Pradegna
se situe derrière la figure,
à sa droite.
Ce secteur du paysage
introduit une relation formelle
entre le profil du relief et la figure elle-même,
relation qui sera approfondie
dans la page consacrée à l’autoportrait.
(Œuvre originale conservée au Musée du Louvre, Paris)
Dans cette zone, on reconnaît le Monte Pradegna et le système de collines qui descendent vers la vallée du Trebbia. Dans le territoire réel, le Monte Pradegna se situe sensiblement plus à gauche que le secteur analysé dans le troisième niveau et se trouve même en dehors du champ visuel immédiat du paysage observé depuis la colline.
Dans le tableau, cependant, cette portion du territoire est réintégrée dans la construction du paysage, en se plaçant à l’extrême gauche de la composition. Comme pour les reliefs du Monte Barberino et de la Pietra Parcellara, la masse montagneuse est réorganisée à l’intérieur de la structure picturale, tout en maintenant une cohérence directionnelle avec le territoire réel.
Le point F continue d’opérer comme origine de la construction perspective du paysage. Dans le cas du Monte Pradegna, la masse montagneuse est d’abord tournée dans le sens horaire, avec une rotation estimable à environ 7°, puis replacée à l’intérieur du tableau. Ensuite, à partir du point F, les directions territoriales réelles (angles de la chose) sont transformées dans le tableau en angles apparents (angles de l’œil), ce qui détermine une fermeture de l’éventail angulaire et une réduction apparente conséquente de la masse.
Dans ce niveau également, le résultat de la transformation produit une configuration visuelle dans laquelle le Monte Pradegna apparaît comme observé depuis une altitude plus élevée que le point de vue réel de la colline. La construction du paysage ne reproduit donc pas une simple vue depuis le sol, mais recompose le territoire selon un système qui élargit le champ visuel par rapport à la position réelle de l’observateur.
La photographie montre le territoire réel observé depuis le point F. À l’intérieur de l’ovale est mis en évidence le Monte Pradegna. Le cadre indique en revanche la portion de paysage qui, dans la construction du tableau, est comprise à l’intérieur de la composition de la Monna Lisa. On peut ainsi observer comment le Monte Pradegna, bien qu’il soit effectivement visible depuis la colline, se place dans le territoire réel plus à gauche que le secteur qui entre dans le tableau. Dans la construction effectuée par Léonard, cette portion du paysage est recomposée à l’intérieur du champ pictural, avec le Pradegna placé à l’extrême gauche de la composition.
Les collines situées sous la montagne montrent un élément morphologique récurrent : des lignes de végétation à développement curviligne qui suivent l’inclinaison naturelle du versant et descendent vers le fond de vallée. Ces tracés végétaux sont cohérents avec l’articulation réelle du terrain, en particulier avec les thalwegs qui convergent vers le cours du Trebbia.
Examinons maintenant la portion de territoire de l’image précédente, à l’intérieur de l’ovale, qui constitue le secteur destiné à être tourné d’environ 7° dans le sens horaire, et procédons à la mise en évidence de certains éléments morphologiques. Par l’usage de l’outil brûler, une ligne de végétation à développement curviligne qui descend vers le bas est accentuée, tandis qu’avec l’outil éclaircir est mise en évidence une surface plane qui, en allant vers la droite, tend progressivement à s’élever, déjà présente dans le territoire réel. Le résultat est montré dans l’image suivante, où il est possible de comparer la photographie réelle, en haut, avec cette même image retravaillée, en bas.
En haut est visible la photographie réelle du Monte Pradegna. En bas, la même image a été retravaillée afin de mettre en évidence certaines lignes morphologiques du terrain : en particulier le développement curviligne de la végétation, qui descend le long du versant en s’articulant en une séquence continue jusqu’à se refermer dans une forme enveloppante dans la partie inférieure, et une surface plane qui, en allant vers la droite, tend progressivement à s’élever. Les structures ainsi mises en évidence correspondent aux éléments qui, une fois tournés et replacés, contribuent à la construction des formes figuratives reconnaissables dans le tableau.
À ce stade, on prend en examen la portion inférieure de l’image, délimitée par l’ovale, qui est tournée et redimensionnée selon ce qui a été illustré précédemment, puis mise en relation directe avec la portion correspondante du Monte Pradegna présente dans le tableau. La comparaison est facilitée au moyen du support interactif en rollover, qui permet d’alterner la lecture de l’image originale avec celle de l’image retravaillée, rendant plus évidentes les continuités morphologiques et les rapports entre les formes.
La portion réelle du territoire, une fois mise en relation avec la configuration du tableau, montre une forte cohérence entre les lignes du paysage et les formes résultant de la transformation. Les directrices de la végétation et les développements du terrain ne sont pas introduits artificiellement, mais sont déjà présents dans les masses du paysage et deviennent lisibles par la rotation et le replacement. La comparaison permet donc de vérifier que la structure formelle ainsi identifiée n’est pas une construction arbitraire, mais dérive d’une correspondance réelle entre territoire et image peinte.
L’image montre la comparaison entre le tableau de la Monna Lisa
et la portion réelle du Monte Pradegna,
tournée dans le sens horaire d’environ 7°
et réduite proportionnellement.
La portion ainsi retravaillée est ensuite replacée
à l’intérieur du tableau,
en se superposant à la configuration visible dans le paysage peint.
En passant la souris sur l’image (ou en maintenant la pression sur écran tactile),
une superposition de support est affichée
qui permet de comparer directement
la configuration originale avec celle retravaillée,
rendant plus évidente la correspondance
entre les directrices de la végétation,
les développements du terrain
et le profil du relief du Monte Pradegna,
en relation avec les formes présentes dans le tableau.
La superposition a une fonction exclusivement analytique
et n’introduit aucun élément étranger à la peinture.
(Œuvre originale conservée au Musée du Louvre, Paris)
Dans la comparaison effectuée, les éléments suivants apparaissent particulièrement significatifs :
Dans certaines lectures, cette plaine est interprétée comme un lac d’altitude ; toutefois, comme on l’a montré, elle correspond à une portion précise du paysage réel et assume un rôle déterminant à l’intérieur de la structure du tableau. Sa fonction constructive sera approfondie dans la page suivante.
Pour clarifier davantage la configuration de cette portion du territoire, une visualisation depuis une altitude plus élevée est proposée, tirée de Google Earth, qui permet de saisir avec plus d’évidence la surface plane identifiée précédemment.
À l’intérieur de l’ovale est mise en évidence la même zone, dont la morphologie est cohérente avec la plaine qui, dans le tableau, se situe au-dessous du Monte Pradegna.
La visualisation en vue haute, tirée de Google Earth,
permet d’identifier avec clarté
la surface plane mise en évidence dans l’ovale,
déjà reconnaissable dans les analyses précédentes.
Son étendue et sa position
sont cohérentes avec la plaine représentée dans le tableau
au-dessous du Monte Pradegna,
confirmant ainsi la correspondance entre la configuration réelle du territoire
et la construction du paysage pictural.
(Image tirée de Google Earth, utilisée exclusivement
à des fins d’étude et d’analyse visuelle)
Cette portion du tableau est étroitement liée à une autre typologie d’analyse, relative à la présence de l’autoportrait de Léonard et d’un componimento di uomo, intégrés dans le paysage selon le principe des mirabilissime inventions. À ce stade, les structures du paysage ne remplissent plus une fonction exclusivement descriptive, mais assument un rôle figuratif. Le thème est approfondi dans la page “L’autoportrait de Léonard dans la Monna Lisa” .
Avec le cinquième niveau se recompose l’ensemble de l’organisation territoriale rapportable au point F. Les transformations perspectiviques analysées dans les niveaux précédents convergent ici dans une lecture unitaire, qui restitue la structure d’ensemble du paysage de la Monna Lisa.
La comparaison entre la Monna Lisa et La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne montre comment la construction du paysage s’organise autour d’un axe dérivé du point F. Dans la Monna Lisa, cette directrice passe à la gauche de la figure, tandis que dans La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne elle se situe à sa droite. Dans les deux cas, la ligne frôle le profil des cheveux ou du voile, sans traverser le visage, en maintenant la distinction entre structure du paysage et figure.
Massimo La Rocca — initiateur du projet "Le Mirabilissime Invenzioni" et auteur de la recherche, du texte et de l’élaboration graphique.
Collaborations :
Vue du Ponte Gobbo, également connu sous le nom de Pont du Diable, situé à Bobbio sur le fleuve Trebbia. Ce pont constitue l'élément territorial clé pour l'identification du paysage représenté dans la Monna Lisa. L'image est proposée comme un constat réel, utile pour situer géographiquement le contexte avant l'analyse par niveaux de construction et les comparaisons morphologiques et géométriques développées dans les sections suivantes.
(Photo de l'auteur)